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Célébrer le jour du Seigneur
église catholique
Saint-François de Molitor
44 rue Molitor 75016 Paris
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jeudi 14 mai et dimanche 17 mai 2026
Solennité de l'Ascension et 7ème Dimanche de Pâques
Année A
Chers frères et sœurs,
La fête de l’Ascension, célébrée quarante jours après Pâques conformément au récit des Actes des Apôtres (Ac1,1-11), s’est progressivement imposée dans la liturgie chrétienne au cours du IVe siècle, tant en Orient qu’en Occident. Les sources anciennes suggèrent qu’elle n’était pas initialement distincte de la Pentecôte, mais formait avec elle une seule célébration du mystère pascal dans son accomplissement. C’est notamment à Jérusalem, comme en témoigne le récit de la pèlerine Égérie, que l’on voit apparaître une célébration propre de l’Ascension, liée aux lieux saints, en particulier le mont des Oliviers. Très vite, les Pères de l’Église — Jean Chrysostome, Grégoire de Nysse, Augustin ou Léon le Grand — en développent la signification théologique, en insistant sur le fait que l’élévation du Christ n’est pas une absence, mais une transformation de sa présence et, plus profondément, une exaltation de la nature humaine.
Dans le contexte grec, cette idée d’ascension (ἀνάβασις) n’est pas sans résonance philosophique. Chez Platon, l’élévation désigne le mouvement de l’âme qui se détourne du monde sensible pour s’élever vers l’intelligible, vers le vrai et le bien. Cette montée est à la fois cognitive et éthique : elle suppose une conversion du regard et une purification intérieure. Le christianisme assume en partie cet héritage, mais il le modifie profondément. L’ascension n’est plus seulement le fruit d’un effort humain ou d’un itinéraire philosophique : elle est d’abord un événement christologique et spirituel. Ce n’est pas l’homme qui monte vers Dieu par ses propres forces, mais Dieu qui, en Christ, descend et élève l’humanité avec lui. Dès lors, l’ascension devient participation plutôt que simple progression.
C’est précisément dans la pensée de Grégoire de Nysse que cette transformation prend toute sa profondeur mystique. Reprenant le motif biblique de la montée de Moïse vers Dieu, il développe l’idée d’une ascension infinie (épectase) : l’âme ne cesse jamais de progresser vers Dieu, non parce qu’elle n’atteindrait pas son but, mais parce que Dieu est infiniment au-delà de toute saisie : « Voir Dieu, ce n’est pas voir, mais c’est le chercher sans cesse » écrit-il dans La Vie de Moïse. Ainsi, l’ascension chrétienne ne se comprend ni comme une simple élévation intellectuelle à la manière platonicienne, ni comme un accomplissement statique, mais comme un mouvement sans fin, tendu entre désir et grâce, absence et présence, commencement et dépassement… La fête de l’Ascension prend alors un sens profondément existentiel et mystique : elle ne commémore pas seulement un événement passé, mais ouvre pour le croyant un chemin permanent d’élévation, dans lequel l’homme est appelé à entrer toujours plus avant et d’une façon renouvelée en communion avec Dieu.
Père Charbel Maalouf
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